4ème Journée : Mardi 16 avril 2002

 

9 heures 15 - 10 heures 15 :


Ø      Réception à la Mairie de Sofia

 

Monsieur Stéfan SOFIANSKI

Maire de Sofia

 

Compte-rendu

 

M. Sofianski, ancien Premier ministre et actuel maire de la capitale bulgare, nous a reçu dans la grande salle de réunion de la Mairie de Sofia. Il nous a accordé un entretien certes bref mais intéressant, car il a une approche très pragmatique des problèmes de la société bulgare et de l’intégration au sein de l’Union européenne.

 

Il a tout d’abord constaté que de nombreuses réparations et rénovations  sont nécessaires à Sofia, pour améliorer le quotidien des habitants. La plupart des problèmes sont concentrés dans les banlieues. La municipalité s’est attaquée tout d’abord à la rénovation des infrastructures telles que l’eau, les collectes d’ordures ménagères etc... Elle perçoit des aides de l’Union européenne et de l’UNDP à cet effet.

 

Le problème de Sofia est avant tout social. Même si le taux de chômage y est moins élevé que dans le reste du pays (4% contre 18%), on y trouve beaucoup de sans abris, notamment en hiver, lorsque certains habitants des campagnes tentent d’y trouver refuge.  

 

Malgré les difficultés quotidiennes, M. Sofianski a souligné l’importance des relations extérieures pour la ville de Sofia. Il s’est toutefois montré critique par rapport aux traditionnels jumelages, qu’il juge démodés. Il est plus favorable à des accords plus ponctuels, autour d’un projet précis. Il a cité les villes de Berlin, Moscou, Prague et Bucarest, mais aussi Hanoi (Vietnam) ou Amman (Jordanie), comme étant des partenaires particulièrement importants. 

 

L’adhésion à l’Union européeenne ne transformera pas soudainement les conditions de vie des Bulgares, surtout qu’à ses yeux l’Union européenne néglige le rôle des autorités locales, qui sont pourtant au plus près des problèmes des citoyens. 

 

 

11 heures - 13 heures :

Ø      La présidence de la République

Rencontre avec les conseillers du Président Parvanov :

 

Compte-rendu

 

Nous avons été reçus par trois conseillers du Président, professeurs d’économie, de sociologie ou de science politique. Les débats ont porté sur les problèmes intérieurs ainsi que sur les relations extérieures de la Bulgarie.

 

Interrogés sur la « cohabitation » entre le Président, du Parti socialiste bulgare et le Premier Ministre, qui a créé son propre parti, les conseillers ont loué l’approche pragmatique adoptée par les deux hommes. Ils se rencontrent chaque semaine car ils ont conscience du fait que la coordination est la clef du succès de leurs efforts.

 

En ce qui concerne l’efficacité de l’administration, notamment dans la mise en œuvre des mesures adoptées, les conseillers ont signalé l’adoption récente d’une loi sur les fonctionnaires et les importants efforts financiers consentis pour la formation des agents publics. Ils ont aussi souligné qu’il conviendrait d’augmenter les traitements, notamment pour lutter contre la corruption.

 

Ils se sont voulus rassurants sur la question de la criminalité, soulignant qu’elle n’est pas plus grave, voire moins grave, qu’en Italie du Sud. Une stratégie nationale a été adoptée pour lutter contre ce problème. Un centre d’études de la démocratie publie un bilan mensuel de la question. D’autre part, la transparence financière serait relativement bonne, comparable à celle de la République tchèque.

 

Enfin, les conseillers se sont montrés confiants envers la politique monétaire de la Bulgarie, à savoir le rattachement à l’euro. Selon eux, la situation bulgare diffère de celle de l’Argentine car la Bulgarie a la perspective de l’adhésion à l’Union européenne. Ils sont conscients que le système de caisse d’émission pourrait être abandonné mais préféreraient une transition vers l’euro.

 

Interrogés sur le rôle de la société civile, les conseillers ont convenu que celui-ci devrait être renforcé. Le président Parvanov cherche à s’appuyer sur la société civile pour mettre en place des réformes sociales. Toutefois, toutes les personnes touchées par la pauvreté ne sont pas en mesure de participer activement à la société civile. D’autre part, l’expérience de plusieurs décennies de communisme n’est pas propice à l’éveil de la société civile.

 

Dans le domaine des relations extérieures, les conseillers ont fait remarquer les efforts du Président Parvanov pour développer une politique étrangère active et faire connaître la Bulgarie à l’étranger, malgré les moyens limités sont il dispose. Il serait nécessaire d’adopter une stratégie nationale de « lobbying ».

 

Le premier objectif est l’adhésion à l’OTAN, si possible en automne 2002. Au delà de la protection que cela représenterait pour la Bulgarie, ce serait aussi l’opportunité de faire partie d’une organisation politique internationale fonctionnant selon des règles démocratiques. La Bulgarie n’a pas de réels ennemis, mais est confrontée à certains dangers liés notamment aux trafics divers. Des tensions en Macédoine pourraient également avoir un impact sur la Bulgarie.

 

Parmi les « amis » de la Bulgarie, l’Italie a été citée, car elle est très intéressée par la coopération économique. La France a été citée, mais plus pour la dimension politique de la Francophonie. Enfin, les conseillers ont constaté avec regrets les difficultés à développer la coopération régionale. Bien souvent, comme pour la construction du pont sur le Danube, les Etats de la région s’affrontent au lieu de coopérer. Selon eux, la coopération ne saurait être un substitut à l’intégration européenne.

 

A bien des égards, les conseillers de la Présidence ont fait preuve de sincérité pour aborder certaines faiblesses de la Bulgarie. Dans d’autres domaines, ils ont toutefois fait part d’un optimisme qui ne paraît pas réaliste.

 

14 heures - 16 heures :

Ø      Le parti des minorités ethniques

 

Monsieur Ahmed DOGAN , Président du Parti Mouvement des Droits et Libertés (MDL)

 

Compte-rendu

 

Présentation du MDL

 

Ce mouvement politique a été fondé par M. Dogan, du temps du régime communiste, avec pour objectif de défendre la communauté turque bulgare. A partir de 1989 et du mouvement de réforme initié par M. Gorbatchev dans l’ensemble du bloc de l’Est, le MDL est parvenu à sortir de la clandestinité. Mais la reconnaissance d’un parti d’une minorité turque n’allait pas de soi puisqu’en 1991 une plainte a été déposée devant la Cour constitutionnelle par des députés socialistes qui voulaient faire déclarer inconstitutionnel le MDL sur le fondement d’un article de la Constitution interdisant la formation de partis sur des fondements ethniques ou religieux. Aussi, le MDL ne revendique pas ce statut de parti de la minorité turque. Par exemple, 15 % des membres du MDL sont des Bulgares non turcs.

 

Aujourd’hui, le MDL occupe une position centrale dans la vie démocratique bulgare du fait de son importance stratégique lors des constitutions des coalitions gouvernementales après chaque élection législative. Comme nous l’avait dit une personnalité rencontrée auparavant, M. Dogan est le seul à être certain que son parti fera partie du prochain gouvernement !

 

La communauté turque en Bulgarie

 

Si le MDL ne doit pas être confondu avec un parti représentant exclusivement les intérêts de la communauté turque, il n’en demeure pas moins que son image est fortement attachée à cette entité des Turcs bulgares. M. Dogan, comme la plupart des hommes politiques du MDL sont, de fait, des membres de la minorité turque. Celle-ci est la minorité la plus forte et la plus compacte en Bulgarie. Après les importantes migrations qui ont suivi l’ouverture politique du régime ( 321 000 émigrants, principalement vers la Turquie, entre 1989 et 1992), la minorité turque comprend aujourd’hui entre 600 000 et 700 000 membres soit environ 10% de la population totale.

 

Intervention de M. Dogan

 

Tout d’abord, M . Dogan est une personnalité forte et attachante. C’est quelqu’un qui sait, de toute évidence, séduire son auditoire en essayant d’instaurer avec lui des liens personnels. Ainsi, ayant appris que nous étions des étudiants et, pour un certain nombre d’entre nous, des étudiants en sciences politiques, il a tenu à davantage adopter le ton du professeur attentif envers ses élèves que la posture du dirigeant politique (par ailleurs, il faut dire que M. Dogan était lui-même, à l’origine, professeur de sciences politiques à l’Université de Sofia). Voici en quelques lignes la teneur des propos qu’il nous a tenu. Nous verrons que M. Dogan a tout autant voulu nous faire part de la conception qu’il se fait de son parti que de ses réflexions sur la science politique en général.

 

Dans la salle de réunion où nous étions était accroché au mur un triptyque servant à illustrer la philosophie politique du MDL et que seul M. Dogan semble autorisé à commenter ! Nous ne reprendrons pas ici cette description, mais il faut simplement dire que sur chacun des trois panneaux est inscrit un mot : Libertas, Responsabilitas et Tolerantia. Trois mots qui forment, en quelque sorte, la devise du MDL. Liberté et tolérance n’étonneront personne, ils renvoient aux origines libérales du parti. Responsabilitas peut surprendre davantage car l’on pourrait s’attendre à d’autres notions plus récurrentes en philosophie politique comme celle de liberté, par exemple. Mais comme nous l’expliquait M. Dogan, dans le contexte balkanique profondément marqué par l’instabilité et les affrontements, la notion de responsabilité est plus importante que celle de liberté. La tolérance, quant à elle, doit se comprendre en tant qu’acceptation de l’autre et de la différence. C’est une compréhension mutuelle qui est reconnue comme une nécessité pour assurer la légitimité de l’un aux yeux de l’autre et réciproquement.

 

Autre aspect important de la question posée par l’existence de communautés ethniques différentes en Bulgarie, les rapports entre le multiculturalisme ou le caractère multinethnique d’une nation et son caractère unitaire ont fait l’objet d’une importante discussion de notre intervenant. Ce point ne peut qu’interpeller les pays de l’Europe occidentale dans le sens où ils essayent, à l’occasion du processus d’élargissement de l’UE, de donner des « recettes » aux pays de derrière l’ancien rideau de fer pour éviter ces affrontements ethniques mais sans les avoir jamais véritablement éprouvées. A cet égard, l’attitude des dirigeants français qui ont  adopté la Charte des droits des minorités nationales en 1990 à Copenhague mais tout en précisant que la France ne saurait être considérée comme comprenant des minorités, est révélatrice. Selon M. Dogan, il convient d’éviter deux principaux écueils. Bien sûr, le premier d’entre eux est celui des politiques et des modes d’organisation de l’Etat autour d’une seule ethnie. Le second danger qui peut guetter une nation est de ne privilégier que le caractère multiethnique. La voie à suivre serait davantage, comme l’illustre l’exemple hongrois, que la Bulgarie soit un pays qui reconnaisse son caractère multiethnique mais qui se construise autour d’une organisation politique et sociale uninationale.

 

Finalement, cette rencontre avec M. Dogan a été l’occasion pour notre groupe de découvrir un autre aspect de la Bulgarie, au travers de sa communauté turque par exemple, mais aussi , et peut-être surtout, de découvrir un homme et un personnage, de la scène publique bulgare.

 

17 heures - 19 heures :

Ø      Le grand débat sur l’élargissement

 

Débat ouvert, organisé à l’IFAG (Institut Francophone d’Administration et de Gestion) à Sofia. Le débat, rendu possible grâce à la présence d’une interprète professionnelle (traduction simultanée), mettait en confrontation les positions  des représentants de la vie politique en Bulgarie : deux députées du MNSII, un représentant de l’UFD, deux représentants du PSB. Le rôle de Modérateur était assuré par M. GOTEV, politologue et journaliste à SEGA.

 

 

Compte-rendu

 

Le grand débat a porté sur l’élargissement de l’Union européenne à la Bulgarie. Chacun des intervenants a fait part de sa vision des années à venir, de ses préconisations, de ses espoirs ou de ses inquiétudes. Globalement, tous étaient d’accord sur la nécessité d’intégrer l’UE ; en fin de compte, seuls les moyens à mettre en œuvre ou les calendriers à envisager pouvaient différer selon  les partis politiques. Il serait fastidieux de retransmettre toutes les réponses et tous les arguments avancés, dans la mesure où les différences ont semblé jouer à la marge. On se contentera de résumer les questions qui ont pu être posées soit par le modérateur, soit par les étudiants présents. Ces questions sont revenues constamment tout au long de notre séjour en Bulgarie.

 

Pourquoi adhérer ?

Qu’attendent les Bulgares de l’Europe ? Que peut-elle leur apporter sur un plan économique, social ou politique ? Comment renforcer l’intérêt des Bulgares pour l’Europe ? Comment leur expliquer les enjeux ? La société Bulgare est-elle prête à adhérer à ce projet ? Cohésion interne de la société Bulgare ?

 

L’adhésion, mais à quoi ?

Comment expliquer que l’Union européenne n’est pas un « produit fini » mais un ensemble en perpétuel mouvement, qui aura besoin des impulsions des nouveaux Etats membres ? Comment imaginer l’UE dans dix ans (ex : la PAC, les institutions, la PESC…) ? Où s’arrête l’Europe ?

 

Le chemin vers l’adhésion

Dans quels domaines les efforts de la Bulgarie et l’aide des institutions européennes doivent-elles se concentrer afin de faciliter l’adhésion ? (minorités ? administration et pouvoir judiciaire ? ouverture du marché ?)

Quelles sont les erreurs politiques, économiques ou sociales à ne pas commettre dans le processus d’adhésion et après l’élargissement tant du côté du gouvernement que des institutions européennes ? Les élites Bulgares sont-elles bien formées et préparées pour l’entrée dans l’UE ?

 

Les relations de la Bulgarie avec les Etats membres

Quels sont les liens de la Bulgarie avec l’Allemagne et la France ? Comment pourraient-ils être renforcés ? Quel rôle pourraient-ils jouer dans le processus d’adhésion et au-delà ? La Bulgarie a-t-elle des liens particuliers avec un autre pays membre de l’Union européenne ?

 

Les relations de la Bulgarie avec ses voisins

Quelles relations la Bulgarie entretient-elle avec ses différents voisins ? Comment ces relations pourraient-elles évoluer avec l’élargissement ? La Bulgarie a-t-elle, peut-elle jouer un rôle de pacificateur dans les Balkans ?

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